le Toit-Terrasse
le Toit-Terrasse
Les choses ont commencé par un toit-terrasse au Mozambique, dix an plus tôt, à Maputo. Ce toit était un véritable studio à ciel-ouvert, au quatrième étage de l’immeuble où j’habitais, et les voisins que je connaissais bien étaient toujours partant pour que je les photographie.
Quand je suis rentré à Marseille j’étais toujours fasciné par les corps et les visages, mais il a fallu presque dix ans pour recommencer une série les mettant en scène, comme au Mozambique. Quelquefois les choses prennent du temps. Elles nécessitent un certain mûrissement.
J’ai réuni tout le monde (proches et proches de proches) pendant deux journées sur le toit-terrasse d’une amie. J’ai photographié du matin au soir, avec un appareil moyen-format et posé sur un pied. Détail important pour moi car j’aime que l’appareil soit posé à mes côtés et non devant moi ; de cette manière j’ai un lien très direct avec la personne que je photographie.
Ces deux journées n’ont pas complètement correspondu à mes attentes : le toit de Marseille n’était pas le toit de Maputo. J’ai tenté de retrouver quelque chose d’identique alors que tout autour de moi avait changé ; j’ai donc poursuivi les photos comme me le demandaient la ville et l’aspect de ces nouveaux visages: chez moi, ou chez chaque personne, en intérieur.
C’était bien mieux car finalement la ville était devenue gênante entre nous et j’avais besoin de trouver une autre intimité que celle obtenue par le toit-terrasse (même si je resterai toujours fasciné par ce type d’espace). J’ai donc continué de photographier mes proches pendant environ un an, à intervalles réguliers, dans des intérieurs.
La série se veut ouverte. Je peux photographier mes proches, puis de simples connaissances, puis toute personne qui voudrait s’inclure dedans. Ce qui m’intéresse c’est la vie propre de cette série en dehors de mes intentions : comment d’elle-même elle se meut et vient placer face à mon objectif des inconnus. Il y a quelques personnes, déjà, dans ces portraits, que je ne connais quasiment pas. L’ouverture du projet a fonctionné et a fait entrer parmi ces photographies, des étrangers, au sens propre comme au figuré, gens d’en dehors de Marseille, ou même de France, venus d’Italie ou du Chili, et dont les histoires et le vécu viennent se déposer, subtilement, en quelques secondes, sur la surface invisible de ma pellicule.

(Prises de vues faites en 2019 et 2020, à Marseille)
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