La pluie d'été - Thibaud Yevnine
La pluie d'été
Je photographie à la chambre car ce médium me donne la lenteur. Je ralentis les flux, le nombre des images, les précipitations, l’envahissement.
Il y a aussi le poids de la chambre. On en tient compte, à chaque déplacement. Le poids oblige à penser différemment, modifie l’approche qu’on peut avoir d’une personne, d’un champ de blé, d’une fenêtre.
Quand la chambre est posée sur son pied j’ai l’impression d’un dialogue avec le monde. On dialogue, calmement, comme le feraient deux personnes qui se connaissent depuis longtemps et qui n’ont aucune urgence à parler.
On retarde l’urgence, l’urgence à tout, de tout vouloir faire, dire ou prendre. On retarde l’urgence qui de toute manière reviendra, reprendra tôt ou tard sa place.
Je photographie ce qui m’appelle, la musique d’une table, de trois cerises, d’un espoir que j’ai.
Je note souvent ce que je voudrais prendre, les idées qui me viennent ; j’ai l’impression que je construis patiemment un film comme un réalisateur. Ici le film est ouvert, possédant peu de bornes. Je laisse les protagonistes rentrer d’eux-mêmes, sortir quand ils le veulent. Peut-être comme des musiciens aussi quand ils improvisent.
Je sais ce que je fais uniquement quand je le fais. Pas avant. Alors la chambre n’est pas seulement un médium, mais une catalyse de soi.

Les photographies sont tirées au palladium sur papier japonais. Ce sont des contacts 4x5 inch.
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